Réponse à la tribune « La Décroissance Candidate pour 2012 ? » publiée dans le n° 81 de « La Décroissance » de Juillet-Aout 2011

Ce communiqué a été envoyé au journal « la Décroissance ». Il a été très partiellement publié dans la rubrique « courrier des lecteurs » du n°82. Aucune indication ne signale son morcellement.

Suite à la tribune d’opinion parue dans le numéro estival 2011 du journal « la Décroissance » sur les différentes initiatives pour 2012, le collectif Décroissance 2012 souhaite apporter quelques précisions factuelles sur sa démarche et sa campagne.

Tout d’abord, la campagne Décroissance 2012 n’a pas été lancée par le Parti Pour La Décroissance, même si ce dernier la soutient, mais par un collectif ouvert d’objectrices et d’objecteurs de croissance. Elle est le fruit d’un travail de réunions, débats et réflexions de plus d’une année. Les porteurs de ce projet ont tenu à prendre le temps de rencontrer et discuter avec une grande partie du mouvement dans une recherche de consensus avant de lancer un appel. C’est ce qui explique qu’il est aujourd’hui signé par plus de 700 personnes, en particulier par Paul Ariès et Clément Wittmann que nous soutenons dans son tour en vélo malgré des divergences de forme.

Cette initiative, comme le souligne Paul Ariès dans son texte de soutien a pour objectifs de faire campagne autour des idées de la Décroissance, de la rendre visible, de faire se rencontrer localement des OC (objecteurs-trices de croissance) et de critiquer les institutions de la 5ème République ainsi que les dérives de la politique spectacle qui n’en finit plus de dépolitiser notre société malade.

Cette campagne s’inscrit dans une logique du « pas de côté » et se veut ouverte et participative.

Concernant notre projet, nous souhaitons mettre en avant l’instauration d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA) couplée à un revenu maximum autorisé (RMA). La DIA, contrairement à un revenu d’existence, n’est pas versée en monnaie nationale mais en droit de tirage (eau, énergie, nourriture, logement, terrain), d’accès (santé, éducation, culture, information…) et en monnaie locale fondante (afin d’initier l’émergence de nouveaux systèmes économiques locaux soutenables et conviviaux). Elle a pour but d’élargir les droits de l’Homme et de permettre à toutes et tous, de la naissance à la mort et de manière inconditionnelle, d’avoir accès à ce que démocratiquement nous considérons comme suffisant pour une vie frugale et décente. C’est un outil économique et social  susceptible d’initier une transition démocratique et sereine vers des sociétés soutenables et souhaitables de Décroissance. Il a pour objectif de faire décroître les inégalités, de sortir du capitalisme, de se désaliéner du travail salarié, d’imaginer un autre rapport à l’argent tout en mettant en exergue d’autres comportements, de relocaliser nos vies et nos économies, de repolitiser la société et resocialiser la politique.

Pour finir, nous rappellerons que malgré les efforts de chacun-e, la Décroissance reste malheureusement confinée dans un microcosme. Afin de la faire sortir de la confidentialité dans laquelle elle se trouve encore, plusieurs campagnes, initiatives, démarches, sur les quatre niveaux politiques de la Décroissance, ne semblent pas de trop malgré des chemins différents. C’est pour cela que nous nous félicitons de l’ensemble des tentatives des Objecteurs de Croissance, que ceux-ci agissent chez EELV, au NPA, au PG, au PPLD ou sur un vélo… mais aussi dans des manifestations, des actions, de la désobéissance civile, à travers des livres,  des journaux, dans le monde universitaire ou encore dans la simplicité volontaire et dans des alternatives concrètes (villes en transition, AMAP, SOL, SEL, etc.) Tous mouillent leur chemise à leur manière et participent à initier cette transition souhaitable vers des sociétés de Décroissance.

Il y a autant de chemins que d’Objecteurs et d’Objectrices de Croissance, le but de l’appel Décroissance 2012 est de les mettre en avant, de les rendre visibles mais aussi de créer des liens entre ces différentes approches en se rencontrant.

Collectif Décroissance 2012

Simon Charbonneau : contre une compétition électorale pour la présidentielle

Simon Charbonneau est universitaire et militant associatif.

J’ai surtout signé votre appel en réaction contre une compétition électorale pour la présidentielle qui pousse à une personnalisation excessive des candidatures au détriment des questions politiques à aborder au cours de la campagne. Des candidatures individuelles ne peuvent que tomber dans le piège du vedettariat avec toute l’ivresse médiatique que cela peut entraîner ! N’oublions pas que la technique n’est jamais neutre ! Günther Anders a dit fort justement à propos de la démesure technologique que « l’homme est plus petit que lui même  » ! Les médias, c’est comme l’alcool, cela monte à la tête de celui qui les pratique de manière abusive !
Or la question de la décroissance ou de celle de l’autolimitation des moyens de l’humanité est la seule qui soit vraiment subversive aujourd’hui.

Ceci étant dit, je ne pense pas que dans la cacophonie des présidentielles, il soit possible de poser les vraies questions soulevées par la catastrophe en cours. Comme mon père et son ami Ellul, je n’ai jamais cru à « l’illusion politique ». Le seul espoir est représenté par le travail souterrain que chacun de nous, seul et collectivement, peut faire au sein de la société pour lui faire prendre conscience des défis énormes auxquels elle doit aujourd’hui faire face. Le paradoxe est qu’il s’agit d’un travail parfois ingrat et de longue haleine comme tout travail utile alors que nous sommes aujourd’hui dans l’urgence !!

Je vous encourage cependant dans votre entreprise qui peut être l’occasion de faire entendre un son de cloche différent.

Soutien de Paul Ariès à la campagne Décroissance 2012

La décroissance n’est pas un dogme à prendre ou à rejeter en bloc.
Elle est du côté du questionnement. Elle rime avec la dé-croyance.
Nous disons simplement que la solution à la crise n’est pas dans la croissance,
dans le « toujours plus » (de production et de consommation).
Nous savons bien que le capitalisme repose sur l’accumulation et le profit.
Nous ne croyons pas dans un capitalisme vert et sans croissance.
Nous savons que le bilan des socialismes réels fut aussi effroyable.
Il est cependant possible de penser un socialisme sans croissance.
Nous sommes des empêcheurs de développer mais aussi de voter en rond.
Nous ne croyons pas plus dans ce système politique qu’économique.
De la même façon que nous boycottons l’économie de croissance,
nous ne présenterons pas un candidat providentiel de la décroissance.
Nous ne tromperons pas nos proches en laissant croire que cette stratégie est possible.
Nous ne diviserons pas nos proches qui se reconnaissent dans d’autres mouvances antiproductivistes des gauches.
Nous savons cependant que le combat contre le productivisme et le consumérisme n’est pas gagné.
Nous savons que les petits pas faits à gauche et dans l’écologie sont encore fragiles.
Nous ferons donc campagne durant les présidentielles avec notre escargot.
nous ferons campagne avec la décroissance pour peser sur les débats d’ici 2012 et au-delà.
Nous ferons campagne pour dire que la décroissance est obligatoirement
anticapitaliste, immanquablement des gauches mais d’une autre gauche.
Nous ferons campagne pour dire « Non au capitalisme vert » et « Oui au Bien Vivre »,
oui au projet d’inventer un socialisme autogestionnaire de la décroissance.
Nous ferons campagne pour dire que ce n’est pas en culpabilisant les gens
qu’on changera la société, mais en suscitant le désir, le grand désir de vivre.
Nous ferons campagne pour dire que l’urgence sociale épouse l’urgence environnementale
pour rendre nécessaire et possible, dès maintenant, l’adoption d’un revenu garanti.
Nous lançons au débat l’idée d’une dotation inconditionnelle d’autonomie voisine du SMIC
qui permette d’avancer vers la gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage mais aussi de développer la « démonétarisation », la « déséconomisation » de nos modes de vie.
Nous ferons campagne pour la gratuité de l’eau vitale, des transports en commun urbains, de la restauration scolaire et du logement social, des services funéraires.
Nous ferons campagne pour une décroissance qui ne soit pas celle du « ni gauche ni droite », qui ne prône pas le « tous pourris », « tous pareils », nous ferons campagne pour une décroissance non sectaire, qui cherche la convergence entre tous ceux qui résistent, entre tous ceux qui créent.
Nous ferons campagne sans candidat en reconnaissant à chacun le droit de voter pour son champion préféré ou celui du moindre mal, en reconnaissant aussi la légitimité de refuser de voter.
Nous ferons campagne sans candidat parce que nous savons que si nous sommes parvenus à imposer nombre de nos thèmes dans le débat public comme la relocalisation contre le mondialisme, le ralentissement contre la culte de la vitesse, la coopération contre l’esprit de concurrence, la gratuité contre la marchandisation, le choix d’une vie simple contre le mythe de l’abondance, une planification autogestionnaire contre le libre marché, etc.,
La décroissance n’est pas la petite grenouille qui aurait vocation à devenir aussi grosse que le boeuf.
Je salue donc cette initiative comme je soutiendrai toutes celles qui permettront de faire converger les antiproductivistes des gauches et les écologistes antilibéraux.
La décroissance ira divisée en 2012. J’ai choisi mon camp. Celui d’un socialisme autogestionnaire de la décroissance.
Pas celui d’une décroissance du « ni gauche ni droite », jamais celui d’une droite décroissante honteuse.
A l’heure de la droitisation de la société (écologie et gauche souvent comprises), j’appelle les Objecteurs de croissance à participer à notre campagne, à le faire, là où ils sont, comme ils le souhaitent, c’est-à-dire y compris en pesant sur les autres campagnes, en obligeant leur candidat à bouger encore.

Paul Ariès